Livres jeunesse : trois suggestions

Renaud le petit renard
Véronique Boisjoly et Katty Maurey
La Pastèque


Fourchon
Kyo Maclear et Isabelle Arsenault
La Pastèque

Le ver
Elise Gravel
la courte échelle

À offrir aux enfants à Noël! Pour consulter le catalogue de La Pastèque, cliquez ici, et celui de la courte échelle, là.

Billet à un jeune essayiste

Ce matin, je lisais en diagonale le cahier «Lecture» de La Presse et depuis, trois titres refusent de me sortir de la tête : Petit traité de l’abandon d’Alexandre Jollien, Traité de Balistique d’Alexandre Bourbaki (1) et Lettres à un jeune chef de Jérôme Ferrer et Pierre Cayouette. Il y a longtemps que je désirais écrire un billet sur le caractère répétitif de certains titres, et enfin tout s’éclairait : les essayistes manquent cruellement d’imagination quand vient le temps de coiffer d’un titre leur réflexion. Je ne sais combien de fois j’ai roulé des yeux en lisant qu’un tel ou une telle venait de publier un énième essai suivant les déclinaisons suivantes : Lettre à un jeune (…), Éloge de (…) et Petit traité de (…). Pour m’amuser un peu, j’ai fait une petite recherche bibliographique sans prétention et j’ai retenu 15 titres d’essais pour chacune de ces catégories. Tout cela sans trop de logique, sinon que le premier titre que vous trouverez est probablement celui qui aura inspiré les autres. Vous me suivez? Enfin, sachez que parmi cette recension, se trouvent d’excellents essais et que je ne cherche en rien à discréditer les auteur-es. Mon seul conseil : jeunes et moins jeunes essayistes, tâchez donc d’être plus originaux quand viendra le temps de choisir le titre de votre essai. Ok? Please.

Lettre à un jeune poète, Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune chef, Jérôme Ferrer et Pierre Cayouette
Lettres à un jeune politicien, Lucien Bouchard et Pierre Cayouette
Lettres à un jeune gauchiste, Martin Lemay
Lettre à un jeune professeur, Philippe Meirieu
Lettre à un jeune romancier, Mario Vargas Llosa
Lettre à une jeune pianiste, Jean Fassina
Lettre à une jeune psychanalyste, Heitor O’Dwyer de Mace
Lettres à une jeune fille, Joë Bousquet
Lettres à un jeune prêtre, Pietro De Paoli
Lettre à un jeune professeur, Philippe Meirieu
Lettres à un jeune danseur, Maurice Béjart
Lettres à un jeune philosophe, Christophe Lamoure
Lettre à un jeune partisan, Jean Paulhan
Lettre à un jeune catholique suivi de Lettre à un jeune non-catholique, Heinrich Böll

Éloge de la folie, Erasme
Éloge de la Sincérité patriotique et religieuse, L. A. Lamarche
Éloge de la fuite, Henri Laborit
Éloge de la différence : la génétique et les hommes, Albert Jacquard.
Éloge des frontières, Régis Debray
Éloge de la frontière, Henri Dorion
Éloge de la vengeance, Michel Erman
Éloge de la lenteur : et si vous ralentissiez?, Carl Honoré
Éloge du con, Gerard Zwang
Éloge de la phobie, Brigitte Auber
Éloge de la pipe, Bernard Deglet
Éloge du bonheur, Collectif
Éloge de la pièce manquante, Antoine Bello
Éloge du carburateur: Essai sur le sens et la valeur du travail, Matthew B. Crawford
Éloge des femmes mûres, Stephen Vizinczey

Petits traités d’histoire naturelle, Aristote
Petit traité de poésie française, Théodore Faullain de Banville
Petit traité de l’abandon, Alexandre Jollien
Petit traité d’histoire des religions, Frédéric Lenoir
Petit traité des grandes vertus, André Comte-Sponville
Petit traité de l’érotisme, Michel Dorais
Petit traité de philosophie charcutière, Sébastien Demorand et Vincent Sorel
Petit traité de désinvolture, Denis Grozdanovitch
Petit traité contre le sexisme ordinaire, Brigitte Grésy
Petit traité d’art contemporain, Anne Cauquelin
Petit traité de l’imposture, Philippe Di Folco
Petit traité des mauvaises manières, Christiane Baroche
Petit traité de vélosophie, Didier Tronchet
Petit traité de désobéissancecivile, Chloé di Cintio
Petit traité du thé, Gilles Brochard

(1) Traité de balistique d’Alexandre Bourbaki (Sébastien Trahan, Bernard Wright-Laflamme et Nicolas Dickner) est bien sûr un roman et n’imite pas le modèle Petit traité de (…). Toutefois, la lecture de ce titre aura nourri ma «réflexion» et m’aura permis d’ajouter une troisième catégorie à cet exercice qui se veut avant tout ludique.

Le pluriel des noms composés

Le pluriel des noms composés… Voilà sans doute une règle de grammaire qui nous rend la vie difficile! Pour vous convaincre de la complexité de cette règle, je vous invite à lire ce qu’en dit l’Office québécois de la langue française. Et maintenant, même l’orthographe rectifiée s’en mêle, question de bien nous embrouiller! Comment s’y retrouver? Je pense avoir trouvé enfin la piste d’une solution. Je vous explique…

Mon cerveau enregistre certains faits anodins et en oublie d’autres, pourtant essentiels. Ainsi, il est facile pour moi de me souvenir du boîtier d’un film et de complètement oublier son contenu, aussi magistral soit-il (j’ai d’autres exemples en tête beaucoup plus futiles, mais je préfère les garder pour moi!). Tout cela pour vous dire qu’il y a très longtemps, mon cerveau a enregistré que «grand-mère» au pluriel s’écrivait «grand-mères», parce qu’un groupe de vieux académiciens en avait décidé ainsi (alors que grand-père au pluriel s’écrit «grands-pères», mais la langue française n’en sera pas à sa première contradiction). Ce matin, en me relisant, je constate toutefois que «grand-mères» au pluriel, c’est pas joli du tout. J’effectue alors une petite recherche qui me confirmera une fois de plus que la logique des grammairiens échappe à toute… logique. Lisez le cas particulier de l’accord en nombre du nom «grand-mère» :

«Dans ces mots composés, l’élément grand est invariable en genre. Est-il aussi invariable en nombre ? À l’époque où ces mots s’écrivaient avec une apostrophe, la présence de celle-ci interdisait l’ajout d’un s à grand au pluriel :

une grand’mère des grand’mères

Le Dictionnaire de l’Académie de 1932, qui a instauré l’usage du trait d’union, ne se prononçait pas clairement sur le pluriel de ces mots composés. Cependant, dans sa Grammaire publiée la même année, l’Académie prônait explicitement l’ajout d’un s à grand au pluriel :

une grand-mère des grands-mères

Cette recommandation s’aligne une nouvelle fois sur le modèle de grand-père, qui s’écrit grands-pères au pluriel. D’ailleurs, en général, quand un nom composé combine un nom et un adjectif qui le qualifie, les deux éléments varient en nombre : des beaux-frères, des coffres-forts, des longues-vues, etc.

Mais, curieusement, l’Académie a changé d’avis dans l’édition la plus récente de son Dictionnaire, où elle recommande plutôt l’invariabilité de grand :

une grand-mère des grand-mères

L’Académie justifie ainsi cet avis : «Dans ces noms féminins composés, grand, ne s’accordant pas en genre, ne s’accorde pas non plus en nombre.» Cet argument est discutable. On pourrait d’ailleurs soutenir qu’il y a bel et bien accord en genre de grand, mais sous son ancienne forme féminine, identique à la forme masculine. Voici ce qu’en dit la grammaire le Bon Usage de Maurice Grevisse et André Goosse : «Le pluriel grands est assez fréquent et doit être encouragé, l’invariabilité en genre n’impliquant pas l’invariabilité en nombre.»

En pratique, de nos jours, les dictionnaires usuels ne sont pas unanimes sur cette question. Certains s’en tiennent à la dernière position de l’Académie (des grand-mères) et certains adoptent la position contraire (des grands-mères). D’autres permettent les deux pluriels (des grand(s)-mères) ; c’est le parti adopté par le dictionnaire d’Antidote dans sa version la plus récente, qui généralise les deux pluriels pour tous les mots concernés.» («Enquêtes linguistiques», sur Druide informatique)

Morale de cette histoire? Téléchargez la version la plus récente d’Antidote! Cela vous évitera bien des recherches et des maux de tête!

Au revoir, Les Allusifs

Toujours triste de voir fermer les portes d’une maison d’édition… d’autant plus quand ce sont des raisons financières qui forcent cette fermeture. Quand il s’agit d’un joueur unique et original, la peine est encore plus grande. J’ai énormément d’estime pour Les Allusifs : le premier livre que j’ai lu d’eux est Le jour des corneilles de Jean-François Beauchemin, magnifique récit autarcique à la langue inédite. Fondés à Montréal en 2001, Les Allusifs publiaient des œuvres singulières et traduisaient de véritables bijoux littéraires dans une douzaine de langues (lisez Amour de Hanne Ørstavik ou, encore, Le don de Vorace Félix Francisco Casanova. Vous m’en donnerez des nouvelles). En plus, moi qui apprécie les choses futiles comme le design, je trouve que la signature visuelle des Allusifs était ce qui se faisait de mieux au Québec. Rien de moins.

C’est un jour sombre. Allez, au revoir Les Allusifs.