Impropriété du jour : louer des livres à la bibliothèque

bibli extérieur

bibli escalier

bibli sculpture

Ce mauvais usage est très répandu. En effet, plusieurs personnes disent «louer» des livres à la bibliothèque, comme on dit «louer» un film au club vidéo. Dans le cas qui nous intéresse, il faudrait plutôt dire «emprunter» des livres à la bibliothèque, car aucune transaction ne se trouve au cœur de ce geste. Autrement dit, vous ne déboursez pas d’argent pour obtenir ces livres, puisqu’il s’agit d’un service gratuit. Mais à bien y penser… moi qui suis absolument nulle pour rapporter mes livres à la date prévue et paye une quantité astronomique de frais de retard, peut-être puis-je me permettre cette impropriété qui, au final, n’en serait pas une?

Confession : j’ai beaucoup de mal à maîtriser certaines règles d’accord

Voilà. C’est dit. Si tout comme moi, vous doutez souvent lorsque vient le temps d’accorder le nom qui suit la préposition «sans» ou le déterminant indéfini «aucun», je vous invite à lire ce qu’en dit la banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française! Bonne lecture!

Sans

Bien que la préposition sans marque la privation ou l’exclusion, le mot qui suit ne se met pas toujours au singulier. C’est le sens de la phrase ou de l’expression qui décide. Si le nom qui suit sans désigne une réalité abstraite ou une réalité concrète que l’on ne peut compter, il reste généralement au singulier. On a aussi le singulier lorsque le nom, désignant dans le contexte une réalité concrète comptable, renvoie nécessairement à un seul élément.

Exemples :

– Soyez sans crainte. (réalité abstraite)

– Elle s’est épuisée à force de travailler sans arrêt.

– Ma sœur prend toujours son café sans lait. (réalité concrète non comptable)

– C’était une journée sans vent.

– A-t-on déjà vu des marteaux sans manche! (un seul manche par marteau)

– Un homme sans chapeau est entré dans le magasin.

– Son appel est resté sans réponse.

– Heureusement, cette chicane fut sans conséquence sur notre amitié.

Par contre, le nom se met obligatoirement au pluriel lorsque ce qu’il désigne renvoie nécessairement, dans le contexte, à plusieurs éléments. Ainsi, parce qu’un arbre a plusieurs feuilles, on écrira avec un s : un arbre sans feuilles.

Exemples :

– Il y a un lit sans draps dans la chambre des visiteurs.

– Je me suis acheté une jolie robe sans manches.

– C’est sous un ciel sans étoiles et sans nuages qu’ils ont installé leur tente.

– Voici un entrepreneur animé d’une ambition sans limites.

– Ces missionnaires travaillent auprès des personnes sans ressources.

– Ils sont sans papiers et l’employeur en profite pour les exploiter!

Dans certains cas, enfin, le singulier et le pluriel sont admis. Par exemple, dans une femme sans enfants, le mot enfant est généralement au pluriel, mais le choix du singulier n’est pas exclu puisque la femme peut avoir aussi bien soit un seul, soit plusieurs enfants. Par contre, dans sans faute(s), si le sens est « sans erreurs », fautes se met au pluriel (une dictée sans fautes), mais si le sens est « à coup sûr », faute reste au singulier (à faire aujourd’hui sans faute). On consultera avec profit un dictionnaire pour vérifier les usages consacrés.

Exemples :

– Vous avancez cette thèse sans preuve. (ou : sans preuves)

– Le voyage s’est déroulé sans incident. (ou : sans incidents)

– Le document a été retourné à son auteur sans commentaire ni explication. (ou : sans commentaires ni explications)

– L’entreprise a bénéficié d’un prêt sans intérêt. (ou : sans intérêts)

Aucun

Le déterminant indéfini aucun, qui signifie en français moderne « pas un », s’emploie généralement au singulier. Le nom qu’il détermine est donc aussi au singulier.

Exemples :

– Aucune demande d’inscription ne sera acceptée après cette date.

– Sa santé ne lui permet plus aucun exercice violent.

Toutefois, aucun et aucune se mettent au pluriel et s’écrivent aucuns, aucunes lorsqu’ils déterminent des noms qui sont toujours au pluriel (comme frais, honoraires, funérailles, archives), puisque l’accord du déterminant se fait selon le genre et le nombre du nom qu’il accompagne. Aucun sera également pluriel lorsqu’il détermine un nom, qui, dans un contexte donné, est nécessairement pluriel.

Exemples :

– Aucuns frais ne seront remboursés.

– On n’a pu célébrer aucunes funérailles dans l’ancienne église.

– Éric n’a pris aucunes vacances depuis son arrivée dans l’entreprise il y a plus d’un an.

– Il n’y aura aucuns travaux routiers sur cette section de l’autoroute au printemps.

Dans les tournures négatives, aucun se construit avec ne, mais sans l’adverbe de négation pas.

Exemples :

– Nous n’avons reçu aucune confirmation de sa part.

– Paméla n’éprouve aucun regret.

Problématique n’est pas un synonyme de problème (répétez 3 fois)

Non, je ne suis pas la première qui  en parle et j’espère bien ne pas être la dernière! Une amie en faisait même un statut Facebook : «Bon, je vais m’énerver un peu là, d’accord? J’en ai contre l’utilisation excessive du mot « problématique ». Alors on arrête de faire son penseur/chercheur/scientifique en plaçant ce mot partout, qui N’EST D’AILLEURS PAS UN SYNONYME DE PROBLÈME.»  L’omniprésence de cette impropriété provoque des sentiments violents chez certaines personnes, alors pour éviter les bains de sang, voyons ce qu’en dit la banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française (répétez ensuite : PROBLÉMATIQUE N’EST PAS UN SYNONYME DE PROBLÈME) :

On utilise parfois à tort les noms problème et problématique. En effet, ces deux noms prêtent à confusion puisqu’ils comportent un sens commun qui est celui de «difficulté».

Le nom problème vient du latin problema «problème, question à résoudre». En français, ce mot désigne couramment une question d’ordre théorique ou pratique qui comporte des difficultés à résoudre ou dont la solution reste incertaine, ou encore une difficulté, un ennui. Dans le domaine scientifique, le mot problème désigne une question à résoudre par des méthodes logiques, rationnelles.

 Exemples :

– L’émission a été interrompue à cause de problèmes techniques.

– La ville de Londres impose une taxe aux automobilistes dans l’espoir de réduire les problèmes de circulation.

– Cette compagnie connaît d’importants problèmes financiers.

– Le gouvernement devra trouver rapidement une solution au problème du logement.

– L’enseignant a soumis aux élèves trois problèmes d’algèbre.

Le nom problématique désigne un ensemble de problèmes qui se posent par rapport à un sujet déterminé, ou encore la science, l’art de poser les problèmes.

Exemples :

– Des chercheurs se penchent actuellement sur la problématique de l’armement en Irak.

– L’auteur s’attarde à la problématique de l’identité québécoise au XXIe siècle.

– Il faudra d’abord définir la problématique qui nous intéresse.

En résumé, un problème, c’est une question d’ordre théorique ou pratique qui est difficile à concevoir, à expliquer ou à résoudre et une problématique, c’est un ensemble de problèmes liés à un même sujet. On réservera donc l’emploi du nom problématique quand une question ou une situation soulève plusieurs problèmes.

Exemples :

– Des chercheurs étudient le problème des émissions de dioxyde de carbone et ses conséquences sur l’environnement. (Il s’agit d’un problème en particulier.)

– Des chercheurs étudient la problématique du réchauffement de la planète et ses conséquences sur l’environnement. (Cela implique plusieurs problèmes liés, notamment la fonte des glaces au pôle Nord, l’augmentation du nombre de séismes, les inondations, les sécheresses, l’assèchement des cours d’eau.)

Erreur fréquente : l’anacoluthe

Il y a deux semaines, je vous parlais d’une maladresse grammaticale que j’observe souvent : la syllepse de nombre. Aujourd’hui, je vous présente une autre erreur de rupture, mais cette fois-ci syntaxique : il s’agit de l’anacoluthe. Le mot ne vous dit peut-être rien, mais sachez que vous en rencontrez souvent lorsque vous lisez une phrase débutant avec un participe présent. À propos de l’anacoluthe, le Style en friche précise que «cette faute contre le bon usage consiste à abandonner en cours de route une structure syntaxique au profit d’une autre». Pour éviter cette erreur, dans une phrase construite avec un participe passé, un participe présent ou un verbe à l’infinitif en tête de phrase, vous devez respecter la règle suivante : «le sujet sous-entendu doit être le même que le sujet du verbe de la proposition à laquelle il se rattache». Voici quelques exemples tirés du livre :


Forme fautive : «
En courant, son coeur se mit à battre fort.»

Forme correcte : «En courant, Jean sentit son coeur battre fort.»


Forme fautive : «
En frôlant sa main, le désir me submergea.»

Forme correcte : «En frôlant sa main, je fus submergé de désir.»


Forme fautive : «
Ma mère me passe son automobile pour visiter le Québec cet été.»

Forme correcte : «Ma mère me passe son automobile pour que je puisse visiter le Québec cet été.»

Dans de tels exemples, l’anacoluthe est bien sûr considérée comme une erreur, parce qu’elle crée une rupture syntaxique. Mais saviez-vous que vous pouviez l’utiliser à des fins stylistiques? Je vous invite à visiter le site de l’Office québécois de la langue française pour en savoir plus!