Problématique n’est pas un synonyme de problème (répétez 3 fois)

Non, je ne suis pas la première qui en parle et j’espère bien ne pas être la dernière! Une amie en faisait même un statut Facebook : «Bon, je vais m’énerver un peu là, d’accord? J’en ai contre l’utilisation excessive du mot « problématique ». Alors on arrête de faire son penseur/chercheur/scientifique en plaçant ce mot partout, qui N’EST D’AILLEURS PAS UN SYNONYME DE PROBLÈME.» Voyons ce qu’en dit la banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française (répétez ensuite : PROBLÉMATIQUE N’EST PAS UN SYNONYME DE PROBLÈME) :

On utilise parfois à tort les noms problème et problématique. En effet, ces deux noms prêtent à confusion puisqu’ils comportent un sens commun qui est celui de «difficulté».

Le nom problème vient du latin problema «problème, question à résoudre». En français, ce mot désigne couramment une question d’ordre théorique ou pratique qui comporte des difficultés à résoudre ou dont la solution reste incertaine, ou encore une difficulté, un ennui. Dans le domaine scientifique, le mot problème désigne une question à résoudre par des méthodes logiques, rationnelles.

 Exemples :

– L’émission a été interrompue à cause de problèmes techniques.

– La ville de Londres impose une taxe aux automobilistes dans l’espoir de réduire les problèmes de circulation.

– Cette compagnie connaît d’importants problèmes financiers.

– Le gouvernement devra trouver rapidement une solution au problème du logement.

– L’enseignant a soumis aux élèves trois problèmes d’algèbre.

Le nom problématique désigne un ensemble de problèmes qui se posent par rapport à un sujet déterminé, ou encore la science, l’art de poser les problèmes.

Exemples :

– Des chercheurs se penchent actuellement sur la problématique de l’armement en Irak.

– L’auteur s’attarde à la problématique de l’identité québécoise au XXIe siècle.

– Il faudra d’abord définir la problématique qui nous intéresse.

En résumé, un problème, c’est une question d’ordre théorique ou pratique qui est difficile à concevoir, à expliquer ou à résoudre et une problématique, c’est un ensemble de problèmes liés à un même sujet. On réservera donc l’emploi du nom problématique quand une question ou une situation soulève plusieurs problèmes.

Exemples :

– Des chercheurs étudient le problème des émissions de dioxyde de carbone et ses conséquences sur l’environnement. (Il s’agit d’un problème en particulier.)

– Des chercheurs étudient la problématique du réchauffement de la planète et ses conséquences sur l’environnement. (Cela implique plusieurs problèmes liés, notamment la fonte des glaces au pôle Nord, l’augmentation du nombre de séismes, les inondations, les sécheresses, l’assèchement des cours d’eau.)

Erreur fréquente : l’anacoluthe

Il y a deux semaines, je vous parlais d’une maladresse grammaticale que j’observe souvent : la syllepse de nombre. Aujourd’hui, je vous présente une autre erreur de rupture, mais cette fois-ci syntaxique : il s’agit de l’anacoluthe. Le mot ne vous dit peut-être rien, mais sachez que vous en rencontrez souvent lorsque vous lisez une phrase débutant avec un participe présent. À propos de l’anacoluthe, le Style en friche précise que «cette faute contre le bon usage consiste à abandonner en cours de route une structure syntaxique au profit d’une autre». Pour éviter cette erreur, dans une phrase construite avec un participe passé, un participe présent ou un verbe à l’infinitif en tête de phrase, vous devez respecter la règle suivante : «le sujet sous-entendu doit être le même que le sujet du verbe de la proposition à laquelle il se rattache». Voici quelques exemples tirés du livre :


Forme fautive : «
En courant, son coeur se mit à battre fort.»

Forme correcte : «En courant, Jean sentit son coeur battre fort.»


Forme fautive : «
En frôlant sa main, le désir me submergea.»

Forme correcte : «En frôlant sa main, je fus submergé de désir.»


Forme fautive : «
Ma mère me passe son automobile pour visiter le Québec cet été.»

Forme correcte : «Ma mère me passe son automobile pour que je puisse visiter le Québec cet été.»

Dans de tels exemples, l’anacoluthe est bien sûr considérée comme une erreur, parce qu’elle crée une rupture syntaxique. Mais saviez-vous que vous pouviez l’utiliser à des fins stylistiques? Je vous invite à visiter le site de l’Office québécois de la langue française pour en savoir plus!

Erreur fréquente : la syllepse de nombre

Malgré son appellation inusitée, la syllepse de nombre est une erreur commune qui consiste à «faire l’accord non pas selon les règles grammaticales mais selon le sens» (1). En clair, il s’agit d’une confusion entre le singulier et le pluriel (ou vice-versa). Parmi les termes qui font naître cette confusion, notons «équipe», «armée», «famille», «troupe» et «association».  Voici deux exemples tirés du guide Le style en friche : l’art de retravailler ses textes d’André Marquis :

Forme fautive
«Juché sur la plus haute branche, je voyais l’armée ennemie. Je décidai alors de les espionner.»

Forme correcte
«Juché sur la plus haute branche, je voyais l’armée ennemie. Je décidai alors de l’espionner.»

Forme fautive
«Il a fallu huit matchs à l’équipe canadienne pour remporter leur première victoire.»

Forme correcte
«Il a fallu huit matchs à l’équipe canadienne pour remporter sa première victoire.»

1. MARQUIS, André, Le style en friche : l’art de retravailler ses textes. 75 fiches illustrant des erreurs et des maladresses stylistiques, Triptyque, 1998, p. 52.

ZAQ no 5 : le logis

Comme je l’ai déjà écrit, j’aime ZAQ en raison de la pluralité des angles qu’elle emprunte pour parler d’un thème du quotidien. La publication, qui en est à son cinquième numéro, s’intéresse cette fois-ci au logis. Gros coup de cœur pour l’entrevue avec le sociologue français Yankel Fijalkow, auteur entre autres de Sociologie du logement et Sociologie des villes, les rubriques «Papier-film» et «S.O.S. détresse» de Bertrand Laverdure qui proposent respectivement des livres et des films en lien avec le thème du logis et un guide pour «surmonter les affres de la vie en commun dans le même logis» et, finalement, le questionnaire de l’inspecteur ZAQ. Certaines mauvaises langues diront que je nage en plein conflit d’intérêts puisque c’est moi qui révise ZAQ. Je leur répondrai : vous avez raison, mais je n’en pense pas moins!

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