Mes grands oubliés : minidico des mots de mon adolescence

La déesse des mouches à feu

Je termine à l’instant la lecture de La déesse des mouches à feu, premier roman de Geneviève Pettersen, aussi connue sous le nom de Madame Chose. Ceux qui s’intéressent aux québécismes et aux mots issus du registre familier seront heureux de le lire, car il en contient un char pis une barge. À sa lecture, une quantité de mots complètement occultés de ma mémoire me sont revenus en tête. J’ai pensé en partager quelques-uns avec vous, sous la forme d’un minidico [1].

Charrue : Salope. «Je lui ai dit qu’elle était juste une charrue.» (p. 40)

Coches : Diminutif de cochons. Policiers. «Ils ont sûrement appelé la police parce que les coches sont arrivés en quatre-roues.» (p. 55)

Frais chié : Hautain. «Mon père avait fait enlever les deux terrains de tennis quand il avait acheté la maison. Il trouvait ça frais chié.» (p. 9)

Greluche : Fille ou femme dont le mauvais goût de l’apparence est considéré comme proportionnellement inverse à son QI. «Ma mère, elle arrêtait pas d’inviter ses sœurs pis ses amies greluches.» (p. 19)

Guirda : Fille ou femme considérée comme superficielle et facile. «On a su après que les squaws, c’était juste des guirdas de Chicoutimi-Nord.» (p. 29-30)

Pad : Coupe Longueuil. Coupe de cheveux dont l’arrière est plus ou moins long, alors que les côtés et le dessus sont courts. «C’était des genres de BS à pinch pis à pad.» (p. 28)

Passer le doigt : Masturber. «C’était juste une pute. Toute la ville lui avait déjà passé le doigt.» (p. 131)

Poseur : Personne dont l’attitude et la culture manquent de naturel et de goût. «Keven l’a regardé de haut pis il lui a dit d’aller faire jouer sa marde de poseurs pis de vendus ailleurs.» (p. 52)

Quotient : Intelligent. «Je me rappelle que je me trouvais crissement quotiente d’avoir pensé à ça.» (p. 54)

Scramer : Déguerpir. «Il me disait de scramer pis d’aller jouer au Nintendo.» (p. 10)

Sluggué : Être frappé d’un coup énergique. «J’ai essayé de lui arracher une poignée de cheveux, mais elle m’a slugguée ben comme il faut.» (p. 31)

Traiter de noms : Insulter. «Je trouvais qu’elle faisait un peu pitié, mais je l’ai traitée de noms pareil. (p. 40)

Trimpes : Bums, délinquants. «Il était parti à Québec chercher du PC avec des trimpes de Jonquière.» (p. 88)

Vadge : Vagin. «Elle m’a donné un coup de pied dans le vadge.» (p. 31)

[1] Je propose ces définitions à partir de ma subjectivité montérégienne.

Pettersen, Geneviève, La déesse des mouches à feu, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2014, 203 pages.

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Bilan 2013

Le mois de janvier signifie pour moi, outre de mettre à jour ma comptabilité de l’année précédente, tâche que je m’efforce de réaliser sans trop souffrir, le moment de faire un bilan de l’année qui vient de passer.

2013 m’aura apporté son lot de bonnes nouvelles, mais j’en retiendrai trois. Je me souviens avec plaisir de ce jour de mars où Simon Jodoin, rédacteur en chef du journal Voir, m’a écrit pour savoir si je souhaitais corriger occasionnellement les textes du journal (merci une fois de plus à Dominic Tardif d’avoir recommandé mes services). Souhaitais? Bien sûr que oui, le mot est faible! Ce que je ne savais pas, c’est qu’au mois de juin, je deviendrais la seule personne à corriger tous les textes des deux éditions papier du journal, c’est-à-dire celles de Montréal et de Québec. À Voir, j’ai rencontré des personnes extraordinaires et c’est un réel bonheur de lire en exclusivité tous ces textes écrits par des gens passionnés de culture, d’admirer les unes du journal avant tout le monde, de corriger parfois dans des délais serrés des textes censés «rentrer» plus tôt (non, ce n’est pas vraiment plaisant, ça, mais ça procure quand même un petit rush d’adrénaline!) et de participer sommairement à la création du dernier journal culturel gratuit qui fait office de doyen dans la province sans pour autant vieillir. Merci, donc, à cette équipe, avec laquelle j’espère longtemps collaborer.

En plein zénith de l’été, c’est la très chouette Kim Doré des éditions Poètes de brousse qui communiquait avec moi pour me proposer de réviser un recueil inédit de poèmes d’Emmanuel Cocke (L’exquis cadavre) et la réédition d’un recueil de Jean-Paul Daoust (111, Wooster Street). Quelle fierté! J’avais si hâte qu’une maison d’édition digne de ce nom retienne mes services! Ce que je ne savais pas, c’est que naîtrait entre nous un esprit de collaboration dont tout le monde rêve, et qu’on m’offrirait ensuite de réviser un essai de Normand Baillargeon (Légendes pédagogiques), à qui je voue une sincère admiration. J’espère que je ne vous apprends rien : Normand, en plus de posséder une culture générale – dans le sens très noble du terme – absolument phénoménale, est d’une gentillesse exemplaire. Encore en décembre, Poètes de brousse m’offraient de réviser le troisième tome des Odes radiophoniques du poète radio-canadien. Quelle chance, vraiment.

Kim a généreusement recommandé mes services à D. Kimm (Les Filles électriques), qui était à la recherche d’une personne pour réviser les textes du festival Phénomena, la nouvelle mouture de l’ancien festival Voix d’Amérique. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais des artistes aussi talentueuses que D. Kimm, audacieuses, éclatées et qui roulent leur bosse depuis longtemps dans les circuits, disons, marginaux, ça ne court pas les rues. En tout cas, j’étais terriblement fière d’obtenir ce contrat et j’espère avoir le plaisir de participer à l’édition 2014. Longue vie à Phénomena!

Mes souhaits en 2013

  Nouveau Projet

Au mois de juin dernier, j’écrivais un billet dans lequel je présentais trois nouvelles revues québécoises : Perle magazineZAQ et Nouveau Projet. Je réalisais déjà depuis quelques mois la révision linguistique de Perle, mais je ne me doutais pas que s’ajouteraient à ma liste de clients rêvés les noms de ZAQ et de Nouveau Projet! Alexandra Schilte, qui mène avec courage et audace la barque de ZAQ, me confiait même la rédaction d’une rubrique – «Carré aux dates» – que vous pourrez lire dans le prochain numéro du mois d’avril. Et quant à Nouveau Projet, dont le troisième numéro est en chantier, mon nom vient tout juste de s’ajouter à son équipe de réviseures. Joie, joie, joie! Alors si j’ai un souhait en 2013, ce serait de trouver, aux côtés de ces collaborations rêvées, la respectée revue Le libraire, bimestriel littéraire d’une très grande qualité. Et aussi, pourquoi pas, les éditions Le Quartanier, La Mèche, Alto, Marchand de feuilles ou, encore, la courte échelle! C’est lancé!

[Extraits] Atavismes

« Les lieux communs ne signifient plus rien, mais ils tirent tous leur origine d’une vérité éprouvée. En voici une : un choix est un embarras. Ce n’est pas un état perpétuel. On n’y survivrait pas. Ça peut arriver, disons, une fois tous les cinq ans. Oui, comme aux élections : un grand événement survient toutes voiles dehors, on sort les trompettes, fier de participer à quelque chose d’important, on se commet. Puis un nouvel engrenage s’enclenche qu’on ne contrôlera pas. Figurant dans sa propre histoire. Peu importe qu’on se demande chaque matin si on va manger des oeufs ou des céréales. » (p. 49)

« Mon enfant est une merveille, au sens où très peu l’entendent, même si tous emploient l’expression. Il n’accomplit aucun exploit. Il est ma fenêtre sur ce monde verrouillé, celui qui me fait prendre conscience de l’étrangeté de l’habituel et de la précarité du droit acquis d’être ici, en ces temps d’obscurité stroboscopique, côtoyant des gens qu’on aime oisivement au point de ne plus les voir, car aujourd’hui nous accapare et demain arrive, prévu, rempli d’avance, prêt à être biffé sur le calendrier. » (p. 61-62)