Désinvolture, clichés et atomes crochus

Atomic

Le 13 février dernier, lasse de lire l’expression «ovni littéraire» dans les journaux, je rédigeais un billet à ce sujet dans lequel je recensais quelques exemples de journalistes en panne d’inspiration quand vient le temps de  qualifier une œuvre singulière/déroutante/originale/étrange/curieuse/radicale/atypique. Je l’avoue : j’entretiens une solide relation amour-haine avec les clichés journalistiques.

Un matin de mai, après avoir lu en diagonale le cahier Arts de La Presse, je rédige ce tweet : «L’électron libre serait-il le cousin de l’ovni littéraire? #cliché #bebitte». À mes yeux, il est clair que cette désinvolte « bebitte » pond des ovnis littéraires/cinématographiques/théâtraux ou encore participe à de telles créations. Silence radio dans la twittosphère, pas de gloriole du jour. Mais la prolifique et très disciplinée Oreille tendue était là, elle, et a recensé aujourd’hui pour nous quelques exemples où l’expression électron libre est utilisée pour décrire une «personne qui agit de manière indépendante (par rapport à un ensemble, une institution)» (Petit Robert, édition numérique 2010). Remercions-la, une fois de plus, d’avoir fait le travail pour nous. Décidément, moi et l’Oreille avons quelques atomes crochus.

Électron libre

Publicités

OVNI : ça suffit!

Ovni

HIER dans La Presse :

«Un ovni québécois à Berlin». C’était le titre qui coiffait la chronique cinéma de Nathalie Petrowski, dans laquelle il était question du dernier film de Denis Côté, Vic + Flo ont vu un ours. Présenté à la 63e Berlinale, le film aurait «dérouté passablement la presse internationale».

AUJOURD’HUI dans La Presse :

Météore, le cinquième long métrage de François Delisle, est qualifié par Marc Cassivi «[d’]ovni cinématographique» en raison de sa «proposition originale et drastique».

*SOUPIR*

Je ne sais pas si je suis la seule à soupirer lorsque cette formule éculée est employée pour évoquer le caractère singulier/déroutant/original/étrange/curieux/radical/atypique d’une œuvre de fiction qui n’est pas que l’apanage des critiques de cinéma. Les littéraires l’emploient à qui mieux mieux pour qualifier un livre au propos singulier/déroutant/original/étrange/curieux/radical/atypique. Une simple recherche aura permis de recenser quelques-uns de ces livres :

Pour sûr de France Daigle : «Un ovni littéraire signé France Daigle» (site de Radio-Canada) et «Dans cet ovni littéraire, le lecteur aura droit à une réflexion sur la langue chiac […].» (Le libraire)

Sous béton de Karoline Georges : «Bref, c’est l’OVNI littéraire de la rentrée.» (Le Devoir)

Arvida de Samuel Archibald : «Thomas Hellman louange […] Arvida, ce véritable ovni littéraire.» (Le Libraire)

Royal Romance de François Weyergans : «Royal romance, un ovni littéraire» (site de Radio-Canada)

(…)

Par chance que Dominic Tardif est là pour nous rappeler combien cette formule est réductrice et clichée :

Pour sûr de France Daigle : «Projet un peu fou; les mots sont faibles pour décrire cette fascinante architecture romanesque qui ne saurait être réduite au rang d’ovni littéraire, malgré son caractère souverainement unique.» (Le libraire)

Sous béton de Karoline Georges : «Ovni littéraire, dira-t-on et on entendra, pour une rare fois, le mot ovni au sens propre, car c’est avec une incrédulité fascinée – la même que si on avait entrevu une soucoupe dans le ciel – que l’on émerge de Sous béton.» (Voir)

* En faisant ma recherche, j’ai pu constater que Benoît Melançon avait également souligné la vacuité de l’expression «véritable ovni littéraire» dans un billet, ici.