Se payer des vacances

Ces jours-ci, je réfléchis à l’expression «se payer des vacances», qui illustre parfaitement ma réalité de travailleuse autonome. En effet, en m’offrant deux maigres semaines de congé, je dois me «payer» littéralement des vacances : je ne corrigerai pas les éditions de Montréal et de Québec du journal Voir du 21 août, j’aurai eu à refuser deux beaux contrats de correction d’un client régulier en édition et, surtout, j’aurai perdu cette occasion rêvée de collaborer pour la première fois avec un éditeur que j’estime énormément, et qui m’aurait en outre fait la grâce de m’offrir la révision d’une belle brique romanesque. Je ne me plains pas — enfin, quand même un peu, oui —, mais aux personnes qui s’imaginent parfois que le travail autonome n’apporte que des avantages, j’aimerais leur dire ceci : les vacances, ça coûte cher.

Et les pertes financières ne sont pas celles qui font le plus mal.

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À la pige!

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En 2010, avec mon diplôme de maîtrise en études françaises en poche, je furetais sur le Web à la recherche d’un emploi intellectuellement stimulant. Autant dire que je cherchais une aiguille dans une botte de foin. Dois-je vous préciser que j’habite hors des grands centres, plus précisément en Estrie? Les mois passaient et je ne trouvais toujours rien. En fait, je croyais que seul l’enseignement au collégial était une avenue satisfaisante…

Après de nombreuses recherches (et rencontres auprès d’une conseillère en emploi d’un Carrefour jeunesse emploi), je découvre enfin une autre possibilité : celle d’être travailleuse autonome et d’offrir mes services de révision linguistique et de rédaction aux entreprises et organismes de la sphère culturelle. Mais encore? Comment fait-on pour «devenir» pigiste du jour au lendemain? Je ne me souviens plus de quelle façon j’ai appris l’existence de la mesure Soutien au travail autonome, mais ce jour-là, j’ai téléphoné à un agent du Centre local de développement pour lui parler de mon projet. Il était enthousiaste et m’a invitée à assister à une rencontre d’information, invitation que j’ai évidemment acceptée. Pour les personnes qui ignorent tout de la mesure Soutien au travail autonome, je vous invite à lire ceci et vous encourage, si vous avez la fibre entrepreneuriale, à tenter votre chance! Deux semaines plus tard, je présentais mon ébauche de projet à un comité d’une dizaine de personnes, et la journée même, mon agent m’apprenait la bonne nouvelle : le comité acceptait ma candidature et m’offrait la subvention! Durant ces mois, j’ai planché fort pour réaliser un plan d’affaires et développer ma clientèle et mon réseau professionnel. Je vous épargne les détails, mais disons que durant cette période, je me sentais un peu perdue… Tantôt euphorique, tantôt pessimiste, j’étais constamment en remise en question : «Est-ce vraiment viable, comme projet?», «Ai-je les compétences et les habiletés pour devenir travailleuse autonome?», «Suis-je prête à vivre avec l’instabilité et la précarité du statut de pigiste?» Et surtout : «Vais-je un jour être capable d’en vivre?» Mine de rien, cette question est loin d’être superficielle, surtout quand, comme moi, vous avez une dette d’études à rembourser qui correspond au montant d’une voiture neuve et deux petites bouches à nourrir! Si être travailleur autonome était si facile, je crois que tout le monde le serait. Mais ce n’est pas le cas : il faut être entêté, déterminé, patient, persévérant, savoir frapper aux bonnes portes, maîtriser les codes des réseaux sociaux, accepter la précarité, doser son anxiété, adopter un mode de vie plutôt solitaire, parfaire ses connaissances en comptabilité (!) et être extrêmement organisé. Bref, il faut tout cela… et bien plus encore.

Mes efforts auront été récompensés : j’obtenais un premier contrat pour une revue, un autre pour un magazine, un journal, une maison d’édition, un centre d’art… et ainsi de suite. Aujourd’hui, je suis la correctrice du journal Voir, en plus de réaliser des mandats de révision et de rédaction pour des clients dont j’apprécie les réalisations. Le chemin n’aura pas été facile – et rien n’est acquis dans le merveilleux monde de la pige –, mais j’aime croire que dans quelques années, je pratiquerai encore ce métier.

Merci à :

ZAQ, Voir, Nouveau Projet, Perle, Urbania, Sporobole, Materia, Conseil de la culture de l’Estrie, L’Instant même, Les malins, Le Journal de Sherbrooke et tous les autres qui m’ont fait confiance ou apporté votre aide : vous saurez vous reconnaître.